Olivier Arteau, auteur et metteur en scène de «Doggy dans gravel» | Bible urbaine

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Olivier Arteau, auteur et metteur en scène de «Doggy dans gravel»

Olivier Arteau, auteur et metteur en scène de «Doggy dans gravel»

Toujours prêt

Publié le 24 août 2017 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Gracieuseté Olivier Arteau

Notre première rencontre avec Olivier Arteau remonte à octobre 2016, dans la salle intime du Prospero. Il avait alors adapté et mis en scène deux textes de Franz Xaver Kroetz, «Le sang de Michi» et «Négresse», et en avait fait un amalgame cohésif, sombre et fort troublant. Un malaise prolongé amplifié par son regard particulier et l’utilisation plutôt habile d’une caméra intimiste.

Habitant présentement Québec, il présentera aux Montréalais sa nouvelle création, dès le 29 août au Théâtre Denise-Pelletier. Doggy dans gravel, c’est l’histoire de cinq scouts qui crashent un après-bal en quête de sensations fortes. Une réflexion sur les valeurs d’une jeunesse qui a difficilement le temps de savourer son enfance dans un contexte d’exposition constante aux dépravations de l’internet. Une pièce qu’il a tout d’abord présentée à Québec en septembre 2016, au Théâtre Premier Acte.

Une expérience mémorable: «Ça a été un beau hit – 96% d’assistance, plusieurs matinées scolaires, des réactions très vives du milieu théâtral. Mais le plus marquant? Les rencontres avec plusieurs groupes de niveau collégial! On a pu rencontrer notre génération et créer un dialogue direct avec ce qu’ils vivent, et la manière dont ils s’échappent ou pas de certains stéréotypes. C’est extrêmement valorisant de sentir que l’on peut créer un dialogue émotif avec certains spectateurs. On met très rarement notre sensibilité de l’avant au quotidien, et de voir ce groupe de jeunes adultes s’ouvrir à ce point… ça donne une raison de faire ce qu’on fait!»

Doggy

Le style Doggy

On pourrait penser, avec une telle prémisse, que l’auteur a déjà fait partie de cette organisation de jeunesse aux valeurs admirables, mais au maître à penser un peu controversé. «Non, je n’ai jamais été scout. Je trouvais fort intéressant de créer un immense clivage entre ces jeunes, qui évoluent selon des valeurs environnementales, d’entraide et de partage, et ces trois bourgeoises qui réclament toujours un peu plus d’alcool et d’attention. La rencontre entre ces deux univers me permettait de questionner davantage le conformisme. À savoir pourquoi, à l’adolescence, sommes-nous sans cesse attirés par le vice et la domination? Et de réaliser à quel point les valeurs familiales foutent le camp dans cette microsociété qu’est le secondaire.»

L’esthétique de la pièce colle au thème; les acteurs mâles sont presque androgynes, et les jeunes femmes sont vêtues de façon tapageuse et outrancièrement maquillées. Est-ce pour illustrer la terreur qui frappe chaque jeune puceau lorsque vient le temps de la première conquête? «Les personnages féminins servent entre autres à exposer la malsaine compétitivité féminine. Ces filles sont très influencées par la culture pop et calquent leurs agissements, leur manière de se mouvoir et de communiquer – afin d’ « exister à la dernière mode » comme dans un vidéoclip. Certaines d’entre elles s’immergent complètement dans cette culture, et d’autres tentent d’y échapper (sans toutefois s’en éloigner trop vite, de peur de perdre la face devant leurs comparses). Ainsi, tout devient sujet au débat et à la comparaison: leurs habitudes de vie, leurs expressions, leur langage et même leur virginité. Comme elles, nous avons tous des préjugés… mais astheure y’est temps qu’on arrête de s’laver l’intérieur à la chlorophylle pis qu’on s’detox la conscience tous ensemble, en jugeant rudement nos excès et nos idées préconçues.»

LeSangdeMichiThéâtreProspero

Une question de feeling

On pourrait penser que la jeunesse d’aujourd’hui, en étant surexposée à une multitude d’influences discutables, résultera en une génération très étrange d’adultes. Arteau préfère y voir plusieurs nuances de gris. «J’aime faire la distinction entre l’individualisme et la perte d’individuation. Les médias, la publicité et la mondialisation tentent de créer des consommateurs standardisés, qui ont un plus grand pouvoir d’achat, mais qui perdent tranquillement et subtilement un certain pouvoir décisionnel sur leur vie. La génération Y devient-elle une bande d’adulescents qui remplissent un rôle social qu’ils ne choisissent pas? Sommes-nous en train de perdre la possibilité d’exister à travers différents stéréotypes, différents types de consommateurs? Voilà les questions que je me pose, plutôt que les réponses auxquels je réponds!»

Qu’est-ce qui fait vibrer un dramaturge capable d’adapter Kroetz, d’écrire une pièce aussi éclatée, et d’aussi se transformer en acteur à l’occasion? «Mes principales influences en ce moment? Capitalisme et pulsion de mort de Gilles Dostaler et Bernard Maris, Je sais trop bien ne pas exister de Nicolas Lévesque, Manuel de résistance féministe de Marie-Ève Surprenant, la poésie de Maude Veilleux, le cinéma de Yorgos Lanthimos, RuPaul’s Drag Race et mes questionnements sur l’apparition du Pogo.»

Du jamais vu au Jamais Lu

On pourrait croire le jeune homme hyperactif, car chaque saison semble proposer un petit morceau de ses créations. Au Festival du Jamais Lu en avril dernier, on a pu savourer une lecture – à guichets fermés! – d’un autre de ses textes, Pisser debout sans lever sa jupe. Un texte très «personnel et vertigineux».

Pour lui, l’expérience fut extraordinaire. Le Jamais Lu, «[…] premièrement, ça te donne la chienne. Et la peur est la sensation la plus essentielle en art. Deuxièmement, tu deviens pour la première fois réellement spectateur de ton texte. Troisièmement, tu veux tout changer et c’est parfait!»

Aura-t-on la chance de voir une version définitive du texte sur des planches près de chez nous à moyen terme? «Je travaille présentement ce texte, avec Catherine Dorion en tant que conseillère dramaturgique. Mais la plus grande partie de mon temps est actuellement consacrée à mon prochain spectacle, présenté du 23 janvier au 3 février à Premier Acte à Québec: Made in Beautiful (La Belle Province). C’est un spectacle sur les enfants du référendum de 1995. À quelles révolutions rêvons-nous présentement? Peut-on célébrer notre peuple métissé aux frontières floues, se rappeler d’autrefois tout en évitant un nationalisme dur et rigide? On verra où ça ira!»

Le texte de Doggy dans Gravel sera publié chez Dramaturges Éditeurs, et sera disponible dès le 29 août au lancement, qui aura lieu dans le lobby du Théâtre Denise-Pelletier en mode [email protected]

Olivier Arteau est aussi de la distribution de Froid, dans une mise en scène d’Olivier Lépine, une pièce présentée dans la salle intime du Théâtre Prospero du 17 octobre au 4 novembre.

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