«On ne badine pas avec l’amour» d'Alfred de Musset au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«On ne badine pas avec l’amour» d’Alfred de Musset au Théâtre Denise-Pelletier

«On ne badine pas avec l’amour» d’Alfred de Musset au Théâtre Denise-Pelletier

Un vent de modernité pour une adaptation persuasive

Publié le 4 octobre 2015 par Benjamin Le Bonniec

Crédit photo : Gunther Gamper

Pour l’ouverture de cette saison 2015-2016, le nouveau directeur artistique du Théâtre Denise-Pelletier Claude Poissant frappait un grand coup avec l’adaptation de l’une des plus grandes pièces du théâtre romantique: On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset. Racontant l’histoire de Perdican, qui retrouve Camille après près de dix ans de séparation, Musset s’inspire pour cette pièce de sa relation tumultueuse avec la romancière George Sand. Contemporaine et énergique, cette nouvelle adaptation se révèle à la hauteur des attentes du public avisé présent jeudi dernier.

Après l’annonce de Claude Poissant, qui a présenté la pièce au programme de la soirée, le public commença à percevoir quelques notes jouées au son d’un banjo et, progressivement le rideau se leva laissant entrevoir les subtilités d’un décor ancré dans notre époque. La pièce commençait à peine que le public percevait déjà les volontés du directeur artistique de poursuivre la vocation classique du Théâtre Denise-Pelletier, tout en y apportant cet élan de modernité. Dès la première scène, nous vîmes entrer Maître Blazius à bicyclette, symbole d’une évolution tendant vers la modernité que la mise en scène perpétua tout au long de la pièce.

Revenir sur le discours habituel quand il s’agit d’une oeuvre classique peut devenir redondant et, avec cette adaptation, l’attention du public doit davantage se concentrer sur cette habile mise en scène comme sur le jeu des acteurs, ces derniers naviguant remarquablement entre le badinage classique et une action dynamique ancrée dans leur temps. Car il est là tout l’intérêt de cette énième interprétation de l’un des plus grands drames romantiques de l’histoire du théâtre. Cela, grâce à un décor efficace d’une scène coupée en deux, la gauche inspirant la nature et la forêt, et l’environnement d’un château manifesté discrètement à droite.

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Au gré des premières scènes, l’intrigue s’instaure, on ressent ce lien indélébile existant entre Perdican, sous les traits d’un Francis Ducharme expansif, et la belle Camille qu’Alice Pascual interprète craintivement. Pourtant, le deuxième acte permettra à cette dernière de s’émanciper à travers le texte écrit par Musset, la longueur de ses interventions aidant. L’apogée de la pièce intervenant avec cette fabuleuse scène V, ce célèbre dialogue entre Camille et Perdican signant la division entre eux deux. Et là, orgueilleux, le fougueux Perdican déballa cet illustre monologue où il signifie ses adieux à Camille. Les connaisseurs purent apprécier ce discours dominateur d’un personnage «hypocrite et orgueilleux» malgré la faiblesse, à ce moment-là, d’un acteur qui sut pourtant sortir son épingle du lot le restant de la pièce.

La suite, vous la connaissez, Camille et Perdican s’avouent leur amour indéfectible. Pourtant, la catastrophe est toute proche et le troisième acte permit d’attester de cette tension planante avec ce dramatique dénouement qui nous fit perdre Rosette, jouée par la belle Rachel Graton. Aussi, la tension, palpable tout au long de la pièce doit sa véracité à la mise en scène de Claude Poissant, qui su habilement jouer du classicisme du texte en y apportant ces soupçons de modernité à une oeuvre intemporelle.

Le Théâtre Denise-Pelletier offre tout au long du mois d’octobre ce chef-d’oeuvre du théâtre classique et envisager d’assister à l’une de ces représentations se révèle être une décision des plus opportunes que je ne pourrais que vous recommander.

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