«Os la montagne blanche» de Steve Gagnon au Théâtre La Licorne | Bible urbaine

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«Os la montagne blanche» de Steve Gagnon au Théâtre La Licorne

«Os la montagne blanche» de Steve Gagnon au Théâtre La Licorne

Les cités d'or

Publié le 23 novembre 2017 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Magali Cancel

On nous avait avertis: les représentations du monologue de Steve Gagnon, qui clôt sa trilogie amorcée en 2010 avec La montagne rouge (SANG) et Ventre (2012), ont lieu sans chaises, dans la Petite Licorne, où le public se tient debout et peut déambuler à sa guise. Comme dans un show musical. Ce qui convient particulièrement à créer une ambiance moins guindée et plus spontanée, comme nous allions nous en rendre compte.

Le dernier morceau – et non le moindre! – de cette trilogie qui porte sur le passage à l’âge adulte a du cœur au ventre et porte à réfléchir. Quel sujet peut être plus touchant pour un spectateur que des aspects de la vie par lesquels on doit tous passer?

Le deuil d’une mère, une crise amoureuse, un voyage initiatique; voilà les trois principaux volets d’un texte d’une rare franchise, qui tourne habilement autour du pot avant d’entrer violemment dans le vif du sujet: «Comment fait-on pour être à la hauteur de la liberté qu’on a mais qu’on n’assume pas?»

On se retrouve donc devant un narrateur en crise, qui gagne sa vie comme archéologue, et dont la mère vient de décéder après lui avoir longtemps dissimulé qu’elle était malade. Sa vie de couple est dans un creux significatif, et il se pose beaucoup de questions. Son exaltation à nous raconter des détails de son cheminement, à partager avec le public ses observations et à multiplier les formules-chocs – qui feraient envie à n’importe quel auteur – ressemble presque à une transe, ou à une ferveur quasi religieuse, au service des bons mots et de l’énergie créatrice.

Les projecteurs de la petite salle sont dirigés alternativement vers trois scènes, sur lesquels Gagnon se juche le temps d’un segment, alors que derrière lui sont projetés les titres des chapitres qu’il nous déclame. Le public est invité à le suivre dans ses déplacements. La musique live de Le Bleu, un duo électronique formé d’Adèle Trottier Rivard et de Nicolas Basque, participe activement à rythmer sa prosodie et ponctue les moments-clés d’une belle intensité.

La position debout contribue à une écoute active des prouesses verbales de l’auteur, dont le texte peut, par moments, être perçu comme une diatribe incitant à faire plus d’efforts pour bien vivre, pour rendre un juste hommage à nos partenaires et notre entourage, pour mordre à belles dents dans une vie qu’on tient parfois pour acquise, mais qui pourrait être interrompue à tout moment. C’est à notre propre mortalité qu’on se trouve confrontés, et la douce parole de Gagnon est donc le matériel de base idéal pour effectuer une profonde remise en question. Le dramaturge prêche par l’exemple, et nous propose de le suivre dans son aventure jusqu’aux Cités d’or.

Car la finale, dans laquelle il se pare de bijoux dorés et se laisse aller à danser, est aussi porteuse d’un beau message d’espoir. Ce moment passé avec lui se vit comme une soirée de retrouvailles avec un vieil ami qu’on a perdu de vue, et qui se laisse emporter par sa passion en nous racontant ce qu’il devient, les épreuves qu’il a traversées, les leçons qu’il en a tirées.

Et cette intimité bienveillante est une des plus belles forces de l’écriture de Steve Gagnon.

L'événement en photos

Par Magali Cancel

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