«Le père Noël est une ordure» au Théâtre Paradoxe de Montréal | Bible urbaine

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«Le père Noël est une ordure» au Théâtre Paradoxe de Montréal

«Le père Noël est une ordure» au Théâtre Paradoxe de Montréal

«Vas-y pleure, tu pisseras moins»

Publié le 19 décembre 2015 par Vanessa Gallagher

Crédit photo : La Cour à Côté

Le 17 décembre, pour une seule représentation à son agenda, le Théâtre Paradoxe à accueilli les artisans de la pièce Le père Noël est une ordure, mise en scène par Françoise Tremblay, dans une salle comblée de curieux - incluant Georges Laraque lui-même - où se sont mêlé larmes de rire et crampes abdominales. L’accueil des reprises de grands classiques est souvent mitigé, puisqu’il est souvent interprété comme une révision perçue comme du déjà cuit. Par contre, ce soir-là, la pièce a été explorée avec une telle finesse qu’on aurait pu jurer avoir sous les yeux l’original de 1979, mais en mieux.

Propulsée par la troupe de théâtre de la compagnie La Cour à Côté, la pièce n’a pas manqué de personnalité et nous a même permis de faire quelques sauts sur notre chaise. En effet, on nous a avertis humblement, dès le début du spectacle, que nous aurions droit à de multiples coups de feu. Trois exactement. Trois coups de canon qui sont venus couper la soirée en situations clés; le début, rempli d’espoir, la mi-temps, brisée, et la fin dramatiquement ouverte. Soulignons que la majorité des œuvres françaises se régalent de présenter une fin qui diverge des attentes de tendresse de l’auditoire.

L’histoire se déroule un soir de Noël où deux acolytes hétéroclites se font un plaisir honnête de répondre aux appels de personnes seules sous le nom d’organisme S.O.S détresse amitié. C’est une Thérèse naïve, personnifiée par Marie-Julie Jimerson, et un Pierre plutôt chatouilleux et maladroit, joué par Cédrick Lalaizon, qui se retrouvent à être simultanément le public et les acteurs d’évènements cocasses et tragiques malgré leur bonne foi. Maladresse, malaises et compassion s’entremêlent avec brio, résultat d’un jeu d’acteur frôlant la perfection. On y croit, «c’est cela oui».

La pièce choque de la bonne façon: «Je vous encule Thérèse», s’exclama un homme réclamant les services d’écoute de la ligne téléphonique. Camouflés derrière un filet sombre, avec un seul projecteur propulsé sur eux comme source d’éclairage, les personnages appelant S.O.S détresse amitié se succèdent au fil de l’histoire. La scène est petite, mais la différenciation est claire et, malgré qu’il y ait eu qu’une seule pièce visible utilisée, la mise en scène nous a transportés efficacement avec elle.

Félix, déguisé avec un costume de location du père Noël, entra en scène dans un coup d’éclat apportant avec lui un gourdin (une patte de chaise) et, plus tard, un fusil. Interprété par Nicolas Minel, il n’a qu’une envie: faire violence sa conjointe enceinte, une Josette (Emili Melgar Escalante) aux tendances kleptomanes développées, et il est prêt à tout, même jusqu’à vouloir s’enlever la vie lui-même pour la contrôler. On a même droit à une scène torride (on pouvait deviner ce qu’ils faisaient), entre lui et Thérèse «la moche», qui n’a pas «un physique facile». Pas besoin de voir pour être capable de nous transmettre le message désiré.

On y voit aussi un voisin pyromane, monsieur Preskovic (Sébastien Baraud), aux doubitchous «roulés sous les aisselles», qui envoient les personnages dans un enfer gustatif extrême. On ne peut pas lui en vouloir, puisque plus tard, ce seront ses gâteries infectes qui épargneront les protagonistes de l’emprise du père Noël. Le jeu de la troupe se concrétisa davantage et on leur reconnut alors une aisance sur scène qui nous calma de ces situations rocambolesques étourdissantes.

Les personnages s’enchevêtraient, se disputaient, mais surtout nous parlaient de thèmes difficiles qui nous ramenaient à la réalité: alcoolisme, solitude, amour pénible, suicide et violence conjugale. L’introduction d’un travesti, appelé affectueusement le «monsieur dame», Katia (Jean-Pierre Gouin), a su merveilleusement compléter l’ouverture d’esprit de la pièce qui n’a pas été remise en doute une seule fois durant la soirée.

Il est important de rappeler que des techniciens de scène bénévoles étaient présents ce soir-là pour assurer le bon déroulement du spectacle. Ces techniciens sont des personnes faisant partie du projet d’insertion sociale à l’aide de la culture qu’offre Groupe Paradoxe, un OBNL qui œuvre dans le milieu social. À titre informatif, les bénéfices amassés lors de cette soirée leur étaient destinés. Rien de plus doux sur l’âme que de se divertir pour une bonne cause.

Somme toute, la pièce Le père Noël est une ordure fut revisitée avec un succès carrément désemparant, nous laissant sur une finale pas trop brusque d’un solo de guitare de la classique «Petit papa Noël», interprété par Ralph MacDonald. La qualité de la performance des comédiens ainsi que la mise en scène simple et réaliste, créée par François Tremblay, nous ont charmées de manière efficace.

Gageons qu’une seconde représentation aurait fait d’autres conquis assurés.

L'événement en photos

Par Gracieuseté La Cour à Côté

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