«Perplex(e)» de Marius von Mayenburg à La Petite Licorne | Bible urbaine

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«Perplex(e)» de Marius von Mayenburg à La Petite Licorne

«Perplex(e)» de Marius von Mayenburg à La Petite Licorne

Mise(s) en abîme

Publié le 15 novembre 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Hugo B. Lefort

Votre humble serviteur a été introduit de manière plutôt fortuite à une création du Projet Bocal il y a deux ans, au Théâtre La Licorne, alors qu’un de ses amis que Sonia Cordeau ne laisse pas indifférent lui avait proposé d’aller voir «Le spectacle». C’était le déclenchement de ce qu’on peut appeler un coup de foudre théâtral, l’humour absurde du talentueux trio faisant en sorte qu’entre de francs et généreux éclats de rire, un sourire incrédule devint la seule réaction possible à ce qui se passait sur scène.

Quatrième spectacle de la compagnie, Perplex(e) est le premier dont ils ne signent ni le texte ni la mise en scène. Pour coller à leur univers très particulier, c’est une oeuvre du dramaturge allemand Marius von Mayenburg (on a d’ailleurs pu voir une adaptation de Visage de feu l’an dernier dans la salle intime du Théâtre Prospero) qu’ils ont choisi, et la mise en scène est signée par Patricia Nolin.

Le récit démarre avec un couple qui revient de vacances pour trouver leur appartement plongé dans le noir, l’homme ayant négligé de payer la facture d’électricité. Les plantes ont été déplacées, le chat manque à l’appel, et une étrange odeur flotte dans leur chaumière.

C’est le point de départ parfait pour laisser s’alterner à une longue série de quiproquos délicieusement absurdes, qui font évoluer l’action dans toutes les directions, par un ingénieux mécanisme de glissements de la réalité, qui bascule fréquemment dans une dimension surréaliste où les chalets nazis, les fêtes costumées et les enfants champions de judo sont la norme.

On finit par comprendre que toute la pièce repose autour d’un quatuor d’acteurs qui sont constamment à mi-chemin entre les coulisses et la scène, et qui se glissent dans leurs personnages en étant conscients qu’un public les entoure. Cet examen minutieux et amusé sur les conventions théâtrales était déjà bien présent dans Le spectacle, et devient ici le thème principal.

Les ruptures de ton sont admirablement soutenues par les trois membres de la troupe (Sonia Cordeau, Simon Lacroix et Raphaëlle Lalande) qui sont dans une forme olympique, et qui sont accompagnés pour l’occasion par Mikhaïl Ahooja, qu’on a vu l’an dernier au Rideau Vert dans La mort d’un commis voyageur, et qu’on verra au TNM sous la direction de Robert Lepage dans Coriolan en janvier, jouant le bellâtre de service avec une distance ironique et un aplomb désinvolte.

Malgré un certain essoufflement en fin de parcours, l’expérience demeure déroutante, le spectateur ne sachant jamais quelle énormité réjouissante sortira de la bouche des acteurs. Les nombreuses références culturelles et philosophiques inattendues sont bien intégrées au texte, mais leur universalité nous console à peine d’être privés de l’esprit extrêmement aiguisé des membres du Projet Bocal, qui demeurent à leur meilleur lorsqu’ils interprètent leurs propres créations.

«Perplex(e)» de Marius von Mayenburg en 5 photos

Par Hugo B. Lefort

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