«Petit guide pour disparaître doucement» de Félix-Antoine Boutin à La Chapelle | Bible urbaine

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«Petit guide pour disparaître doucement» de Félix-Antoine Boutin à La Chapelle

«Petit guide pour disparaître doucement» de Félix-Antoine Boutin à La Chapelle

Le temps retrouvé

Publié le 20 octobre 2017 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Khoa Lé

Qu’a-t-on perdu pour de bon en vivant au fil des ans et des rencontres? Quelles parties de nous-mêmes sont disparues dans les méandres du temps, quels souvenirs se sont doucement effacés de notre mémoire jusqu’à s’estomper sans laisser de traces? On ne pense pas nécessairement souvent à cet aspect de la vie, aux dommages collatéraux inévitables lors de toute transformation ou évolution. Félix-Antoine Boutin, lui, en a tiré une très troublante réflexion.

Décrite par l’auteur comme «une sorte de conférence métaphysique», la pièce-performance, qui dure à peine une heure, démarre sur un ton très intimiste, avec un Boutin agenouillé sur un immense tapis carré qui couvre presque toute la surface de la scène. Il fait du bricolage en déclamant des phrases poétiques à propos de sa jeunesse, d’une maison qui brûle, du «je» et du «nous». Des dessins rudimentaires sont projetés sur un chevalet, et des extraits choisis de son discours apparaissent sur le mur derrière lui.

Le titre n’est pas aléatoire – le récit est présenté sous forme de micro-fictions, une collection de petites anecdotes très poétiques, qui pourraient cependant laisser sur sa faim quiconque ayant décidé d’assister au spectacle pour concrètement se préparer à disparaître.

Une fois ce que nous appellerons la première partie terminée, des petites maisons de papier sont progressivement abaissées sur la scène par un système de poulies actionnées par un comparse de Félix-Antoine, qui pourrait être sa doublure. Boutin revêt un drap et se déguise en fantôme, convaincu d’être disparu pour de bon aux yeux du public. Plus tard, une procession de figurants impassibles défilera sur scène pour y installer des cailloux et des petites poupées fantomatiques.

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La scénographie d’Odile Gamache, qui a travaillé en étroite collaboration avec le créateur, est pleine de surprises et d’admirables inventions visuelles, en conservant une sobriété exemplaire qui sert parfaitement le texte. On y retrouve beaucoup de références aux films d’épouvante, avec des rituels étranges, une procession déshumanisée presque horrifique, de la narration avec des voix d’enfants, et même un moment qui fait carrément bondir l’audience d’effroi.

C’est une expérience très singulière dont on ressort un peu sonné, surtout après une finale un peu décalée qui ne ressemble pas tellement à une conclusion. Pour nous sortir de notre zone de confort, c’est particulièrement réussi – mais pour nous transmettre un message ou le fruit de ses longues réflexions, le dramaturge s’y prend d’une façon plutôt énigmatique.

Nous apprécions généralement que les créateurs ne sous-estiment pas notre intelligence, mais on a un peu l’impression, ici, que c’est exactement le contraire qui s’est produit.

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Par Khoa Lé

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