«Planétarium» de Marie Ayotte dans le cadre du Festival Fringe 2018 | Bible urbaine

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«Planétarium» de Marie Ayotte dans le cadre du Festival Fringe 2018

«Planétarium» de Marie Ayotte dans le cadre du Festival Fringe 2018

Voyage astral

Publié le 11 juin 2018 par Pierre-Alexandre Buisson

Crédit photo : Marie Ayotte

Est-on en train de constamment passer à côté de sa vie? Les années passent, le temps avance impitoyablement, et nos projets restent bien souvent au même point. Nous procrastinons. On privilégie bien souvent une activité récréative quand on a le choix entre le farniente ou la création. Quelle trace laissera-t-on derrière nous? Quelle place occupons-nous dans l’immensité de l’univers?

Spoiler alert – l’humain est assez insignifiant à l’échelle du cosmos. C’est ce dont se rendent compte trois personnages, employées d’un planétarium fictif que visite le public assistant à la pièce, une intéressante mise en abîme qui donne le ton – rêveur – à l’ensemble. Les instructions, à l’accueil, ressemblent beaucoup à celles qu’un spectateur de théâtre pourrait recevoir, et nous prenons donc place dans la petite salle Jean-Claude Germain (très) intime du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

En parlant des galaxies infinies et du nombre étourdissant de planètes qui peuplent l’espace, nos hôtesses et vulgarisatrices scientifiques commencent à sentir poindre une petite angoisse, réalisant progressivement à quel point elles sont microscopiques dans le «grand ordre des choses». Des anecdotes personnelles, parfois morbides, qui viennent appuyer une urgence de vivre qu’elles devraient ressentir, mais qui leur fait parfois défaut, viennent aussi intervenir dans leur discours.

Pendant ce temps, les actrices manipulent aussi une caméra qui filme des petits bassins d’eau, auxquelles elles ajoutent des éléments comme de la rocaille ou des paillettes, produisant des images qui sont projetées sur scène et qui nous étonnent par leur similitude avec les paysages spatiaux qu’on a pris l’habitude de contempler en rêvant.

Ainsi, le spectateur se prend souvent à imaginer l’infini en fantasmant, à laisser son regard se perdre dans la distance, imaginant des étoiles habitables, ou sortant carrément de son corps pour une petite exploration bien peinarde de la plage astrale.

Les trois actrices fort talentueuses qui nous bercent possèdent chacune leur registre, de la fataliste à l’humoristique (la toujours sympathique Mélanie Michaud), mais ne nous transmettent pas tout à fait l’urgence d’une crise de panique imminente, en jouant de façon très posée et calme, ce qui crée un étrange effet de décalage en rassurant le spectateur plutôt que de l’inquiéter à son tour.

Cette réflexion sur l’anxiété ressemble beaucoup, «thématiquement» parlant, à une autre pièce qu’on a vue dans la même salle plus tôt ce printemps: Chienne(s), de Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent. On y retrouve la même écrasante «peur d’avoir peur», un perpétuel effroi devant toutes les possibilités imprévues de la vie, cette phobie paralysante qui nous empêche d’avancer.

Même les spectateurs moins anxieux se reconnaîtront, ici partiellement, dans ce texte à mi-chemin entre le discours scientifique et la confession. Et si le propos est intime, il demeure universel, et ratisse large. Marie Ayotte signe un premier effort sinueux et foisonnant d’idées, qu’elle prend le temps de bien explorer, qui interpelle le spectateur d’une façon très personnelle.

Une belle confession murmurée à l’oreille d’une poignée d’inconnus dans une salle sombre.

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