«Rashomon» de la compagnie La Trâlée au Théâtre Premier Acte | Bible urbaine

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«Rashomon» de la compagnie La Trâlée au Théâtre Premier Acte

«Rashomon» de la compagnie La Trâlée au Théâtre Premier Acte

Un classique de la culture nippone campé dans la cuisine d’un resto

Publié le 22 avril 2019 par Maude Rodrigue

Crédit photo : Cath Langlois Photographe

Premier Acte a gardé le dessert pour la fin – et à juste titre, puisque les représentations de la dernière pièce de la saison se tiennent... dans un restaurant. Jusqu'au 7 mai, la Cuisine, sise sur la rue Saint-Vallier à Québec, accueille la dernière production de la compagnie La Trâlée. Rashomon termine l’année 2018-2019 en beauté et en rires. Le classique japonais a été revisité de délicieuse manière, par le truchement du théâtre d’objets. Toute la coutellerie est mise à contribution.

Dès leur arrivée sur les lieux du restaurant, les spectateurs-rices se voient offrir une soupe asiatique par les membres de la distribution, affublés de bandeaux et de tabliers. Avant même le début de la représentation, l’auditoire goûte déjà à l’ambiance réjouissante de Rashomon et il flotte dans l’air un fumet de belles promesses. Décidément, la mise en appétit est réussie.

Les acteurs-rices (Nicola Boulanger, Paul Fruteau de Laclos, Nadia Girard Eddahia, Amélie Laprise, Jocelyn Paré et Guillaume Pepin), ne se situant plus tout à fait au seuil de leur jeune carrière, sont manifestement ravis-es de livrer cette histoire qui a été élevée au rang de classique au fil du temps. L’adaptation cinématographique des nouvelles de Ryunosuke Akutagawa (1915) par le réalisateur Akira Kurosawa date de 1950.

Dans cette adaptation proposée par la compagnie La Trâlée, l’auditoire assiste d’abord à la fin d’un quart de travail d’employés-es d’un restaurant japonais. Il semble que le précieux couteau du chef ait été égaré, et compte tenu de la valeur considérable de l’objet, les membres de l’équipe s’appliquent à élucider le mystère de sa disparition.

Au fil de la conversation, le classique de Rashomon est éventuellement amené sur le sujet. Les interprètes rivalisent alors d’ingéniosité pour en livrer le récit: les objets et aliments mis à contribution confèrent une symbolique inusitée à l’histoire de cet insigne samouraï trucidé dans des circonstances fumeuses. Les mimiques des membres de la distribution amplifient l’intensité émotive ou comique des événements relatés.

D’après ce que révèle le programme de soirée, le concept singulier derrière cette adaptation de Rashomon tire ses origines d’une Soirée Cartes blanches dirigée par Lorraine Côté et co-mise en scène par Nicola Boulanger (également membre de la distribution). Ralliés par une même passion pour Kurosawa, Côté et Boulanger se sont imposé diverses contraintes, jetant les bases d’un projet original: celui-ci devait initialement être présenté au bar le Cercle, «avec les objets existant derrière un bar»… Or, ces contraintes, plutôt que de freiner le déploiement de l’équipe, ont catalysé son esprit créatif.

Une simplicité efficace

L’exiguïté des locaux de la Cuisine a pour effet de resserrer la petite communauté de spectateurs-rices formée à l’occasion de chaque représentation. Qui plus est, le déploiement de projets théâtraux en dehors des enceintes plus traditionnelles a de quoi ravir. Les lieux en eux-mêmes sont chargés d’une symbolique, voire d’une mémoire, ce qui, de toute évidence, contribue à la richesse de l’expérience théâtrale.

Des initiatives à l’instar de celle de Premier Acte et de la compagnie La Trâlée contribuent à rendre le théâtre accessible, à démontrer la pertinence de sa présence au sein de notre société, nommément sur les lieux où nous accomplissons nos activités quotidiennes.

La signification qu’ont prêtée les membres de l’équipe de création de Rashomon à des objets ordinaires porte également à réfléchir: tout réjouissants que soient les spectacles à la scénographie plus pompeuse, il semble ainsi que le déploiement d’une artillerie lourde ne soit pas forcément une condition à l’émerveillement que réussit parfois à susciter le théâtre, et que la simplicité permette tout aussi efficacement aux spectacteurs-rices de bénéficier de sa magie. (Dans Rashomon, un céleri est utilisé à titre de forêt – c’est dire!) Quant à la scénographie, elle est minimale, la Cuisine étant simplement égayée d’une luminosité rougeâtre, puis verte. Une ambiance sonore agréable ponctue le déroulement de l’intrigue.

D’une certaine manière, Rashomon fait retomber en enfance, en ces temps où nous reconnaissions volontiers aux objets des qualités dépassant largement l’usage auquel ils étaient normalement dédiés. Le spectacle, en plus de déclencher les rires, emplit ainsi l’âme d’une curieuse nostalgie.

«Rashomon» au Théâtre Premier Acte en images

Par Cath Langlois Photographe

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