«Une maison de poupée» dans une adaptation de Rébecca Déraspe au Théâtre Denise-Pelletier | Bible urbaine

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«Une maison de poupée» dans une adaptation de Rébecca Déraspe au Théâtre Denise-Pelletier

«Une maison de poupée» dans une adaptation de Rébecca Déraspe au Théâtre Denise-Pelletier

La question qui reste

Publié le 17 mars 2019 par Véronique Bossé

Crédit photo : Maxime Paré-Fortin

La Salle Fred Barry était belle à voir dans cette disposition scénique centrale, à aire ouverte, avec coulisses à vue. Pas beaucoup de spectateurs étaient présents, toutefois, pour assister à cette deuxième représentation de la pièce Une maison de poupée d'Henrik Ibsen, adaptée par Rébecca Déraspe. Dommage, parce que la proposition vaut le détour.

Une pièce écrite en 1879

C’est la fin d’un siècle lorsque l’auteur Henrik Ibsen, Norvégien d’origine, écrit l’histoire de Nora, une femme suffoquée par un cadre social et dans sa propre maison, une maison en papier où tout est basé sur des conversations banales et sur du vide. À l’époque, toute la civilisation est en quête d’un nouveau sens.

Le théâtre de la fin du XIXe siècle le démontre bien; Tchekhov (La Mouette), Strindberg (Mademoiselle Julie), Schnitzler (Le chemin solitaire) et Ibsen sont tous des auteurs qui inventent des personnages asphyxiés, lesquels ont le grand besoin d’abattre les piliers du monde bourgeois qui les entoure.

Nora, mariée à Helmer, est obéissante et légère, l’image parfaite de la femme-enfant. C’est ce que tout le monde croit, ce qu’elle laisse croire à tous. Au fond, Nora a des secrets. Elle est celle qui a réussi à emprunter de l’argent à une époque où les femmes n’ont pas encore acquis ce droit, et donc à sauver la vie de son mari et à épargner leur maison. Mais personne n’en sait rien. Depuis huit ans, Nora joue le jeu des faux-semblants jusqu’au jour où l’avocat qui lui a fait le prêt vient cogner à la porte de la demeure avec la menace de tout dévoiler à son mari s’il perd son emploi, maintenant qu’Helmer est son nouveau patron.

Les secrets sont dévoilés au grand jour et c’est dans une révolte finale, un peu subite, que Nora décide de tout quitter, constatant qu’on la méprise depuis toujours et qu’elle doit exister seule pour comprendre le monde qui l’entoure.

L’auteur s’est inspiré d’une histoire vraie pour écrire cette pièce. La femme d’un ami d’Ibsen fabrique de faux papiers, à l’insu de son mari, dans l’objectif d’emprunter de l’argent pour sauver la situation financière du couple. Lorsque le mari apprend les faits, il la fait enfermer dans une institution psychiatrique.

Cette anecdote démontre bien la situation sociale dans laquelle les femmes sont prises au moment où cette pièce voit le jour. Les protagonistes d’Ibsen dépeignent un nouveau genre de personnages que le public de l’époque n’est pas habitué de voir sur scène. Ils ne tombent pas dans les clichés et mènent les spectateurs à s’interroger sur leur façon de vivre.

L’adaptation de Rébecca Déraspe

La question ultime, c’est: «Est-il encore pertinent de présenter une pièce écrite il y a cent-cinquante ans qui met en scène la condition des femmes?» La réponse est désolante, mais elle est positive. Malgré la nécessité de continuer de se battre pour l’équité entre les femmes et les hommes, il est difficile, avec une pièce comme celle-ci, de ne pas tomber dans les stéréotypes.

Contrairement à l’époque à laquelle cette histoire a été écrite, nous connaissons bien les rôles représentés ici. Nora n’est plus à l’image d’un nouveau genre à définir, mais plutôt celui qu’on souhaite voir disparaître. La femme méprisée par son mari, qui ne travaille pas, qui n’a pas accès au monde et qui dans, un excès de lucidité, se révolte, est un modèle qu’on espère moins courant. Et pourtant, assise dans le noir, j’ai su que Nora existe encore aujourd’hui, malgré le stéréotype qu’elle représente.

La langue de cette adaptation est belle et coule de façon fluide dans les bouches des protagonistes féminins. Marie-Pier Labrecque et Kim Despatis sont superbes et réellement investies dans leurs deux rôles en opposition. Dans un drôle de paradoxe, la distribution masculine n’atteint pas le même niveau de performance.

De son côté, la mise en scène de Benoit Rioux est efficace et belle. Un carré de tapis beige, comme une pièce d’un plan architectural dessiné à même le sol, défini par des bandes de lumières, représente bien l’univers de cette maison de poupée.

Une seule question de sens demeure, celle de la représentation de Beyoncé, alors que Nora doit se trouver un costume pour la fête déguisée chez les voisins, est-il réellement possible qu’Helmer soit celui qui propose un tel costume? Dans quel but, du point de vue de ce personnage, pourrait-il envisager une telle proposition si ce n’est dans celui de l’autrice d’opposer Nora à une image actuelle dite «féministe»?

Malgré ce détail, le tour de force, ici, il réside dans la révolte de Nora qui arrive à nous interpeller et à ramener les enjeux d’il y a cent-cinquante ans à notre époque. Nora s’adresse au public directement: comment est-il possible qu’elle soit toujours jouée, encore d’actualité? Son monologue final donne son sens à l’adaptation, au travail et au choix de l’équipe de création.

La question reste et une réponse se dessine dans mon esprit: peut-être est-ce parce que la vraie révolution ne fait que commencer.

«Une maison de poupée» au Théâtre Denise-Pelletier en images

Par Maxime Paré-Fortin

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